L'inquiétude (re)naît

L'inquiétude (re)naît

Publié le - Par - La Rédac.

À un peu plus de dix jours de la reprise du championnat, les Girondins ont essuyé une 4ème défaite en 5 rencontres amicales jouées. Le mercato est au point mort et les supporters s'inquiètent. Récit des dernières semaines troublées autour du FCGB.

 

Une fin d'exercice 2018-2019 entre lassitude et promesses

 

Les supporters bordelais se souviendront de ce premier été sous General American Capital Partners. Après une (énième) saison de transition et la passation entre M6 et le clan du fonds repreneur, GACP, les Girondins ont très péniblement terminé leur exercice 2018-2019 à la 14ème place, avec 41 points. Mais avant cette fin de saison, l'arrivée libre de l'ex rennais Edson Mexer (30 ans) avait été officialisée. Une première recrue défensive pour l'exercice 2019-2020, actée dès le début du mois de... mai. Un fait très rare à Bordeaux, qui avait laissé apparaître l'espoir d'un avenir anticipé et maîtrisé.

À cela, l'arrivée de Raoul Bellanova venait également s'ajouter. Suite à son prêt de cinq mois au Milan AC, le jeune espoir italien, acheté 1M€ fin janvier, offrait (déjà) une solution au départ programmé de Sergi Palencia.

À la fin du mois de mai et après un championnat laborieux, les supporters voyaient un autre (gros) espoir : la promesse de "deux têtes d'affiches" et d'un Top 5 de Ligue 1 visé, formulée par Hugo Varela aux Ultramarines via des propos relayés dans l'émission radio 'Girondins Analyse' :

"L'ambition, oui, c'est le Top 5 la saison prochaine. (...) Mais on ne nous a pas annoncé que le Top 5, on nous a annoncé des noms aussi. (...) Hugo Varela est venu dire des choses très claires, on n’a aucune raison de le cacher. Il faut qu’il assume. Je ne le connais pas depuis longtemps et j’ai un très bon contact avec lui mais je ne lui ferai aucun cadeau. Il est venu nous annoncer le Top 5, il est venu annoncer deux têtes d’affiche." déclarait ainsi le porte-parole Florian Brunet au micro d'RIG.

De quoi se remémorer et appuyer l'idée que l'approche d'Olivier Giroud, annoncée quelques semaines plus tôt par Nicolas Morin (France 3), toujours dans Girondins Analyse, n'était pas un coup de bluff mais la première tentative de concrétiser une vraie ambition. Giroud ou un autre, c'est bien là le genre de tête d'affiche dont ont besoin aujourd'hui les Girondins mais aussi leurs supporters.

Au début du mois de juin, les terrains et les premières rumeurs mercato ont laissé place à l'administratif et au passage devant la Direction Nationale du Contrôle de Gestion. Déjà passés devant le gendarme financier six mois plus tôt lors de la vente avec M6, Joe DaGrosa et GACP (+ King Street, actionnaire majoritaire mais laissant la gestion à GACP) passeront encore cet examen sans sanction, mais des grosses inquiétudes sont lancées par France 3 Nouvelle-Aquitaine :

"Les Girondins de Bordeaux ne sont ni à l'abri d'un encadrement de la masse salariale ni même d'une rétrogradation à titre conservatoire" s'alarme-t-on chez ce média.

Deux jours plus tard, la DNCG est passée : "Aucune mesure n'est prise contre les Girondins". Le sourire revient et efface les inquiétudes alarmistes de certains, même si l'on apprend ensuite que pour contenter la DNCG le FCGB a accepté de se serrer la ceinture et de vendre des joueurs. La page est tournée, place au mercato et à la saison 2019-20 à venir !

 

Le départ de Jules Koundé lance le mercato

 

Mais la réalité (économique) va vite rappeler les Girondins à l'ordre : vers la fin du mois de juin, @Girondinfos révèle qu'une offre importante du Séville FC a été formulée pour Jules Koundé.

Quelques mois plus tôt, Hugo Varela, le patron du sportif et bras doit de DaGrosa à la tête des Marine et Blanc, avait pourtant déclaré ceci à propos du jeune défenseur français : "Nous voulons le garder et bâtir une grosse équipe. À moins de recevoir une offre « hardcore », on ne le vendra pas" (L'Équipe, le 9 avril).

Ces propos s'inscrivaient à nouveau dans la description d'un projet concret et ambitieux pour les Girondins. Cependant, le transfert de Jules Koundé ne tardera pas. Le montant de l'offre de Séville ? Dans les 20M€ hors bonus et pourcentage à la revente. Vous avez dit 'hardcore' ?

Les liens entre ce transfert et la situation économique du FCGB se tissent à nouveau : le transfert de Jules Koundé a-t-il été acté pour sauver les comptes des Girondins et satisfaire la DNCG car le nouvel actionnariat n'a pas pu/voulu combler le déficit ? Misant probablement à la base sur un départ de François Kamano vers l'Angleterre, qui aurait pu rapporter un montant similaire, les Marine et Blanc se sont également heurtés à un élément de taille sur le dossier Koundé : la volonté du jeune joueur de découvrir autre chose et hors de la Gironde. Pourtant encore sous contrat jusqu'en juin 2023 à Bordeaux et n'ayant pas envie de partir pour partir de son club formateur, l'international U20 ne trouvait peut-être donc pas le projet aquitain si ambitieux que ce qu'il disait fin avril sur Canal +... 

Les recrutements - en plus de tous ceux pour le staff technique des pros et les encadrements des jeunes, mais aussi pour la réserve et les FCGB Girls - des latéraux Loris Benito (libre, 27 ans, ex Young Boys de Berne) et Enock Kwateng (libre, 22 ans, ex Nantes) ne font d'ailleurs toujours pas passer la pilule du départ de Koundé, créant même des doutes sur la puissance financière réelle des nouveaux boss et donc sur les ambitions véritables concernant l'équipe majeure.

 

Voyages, défaites, loft : les matchs amicaux sont lancés

 

Leur "pépite" défensive vendue, les Bordelais se sont engagés dans leur préparation estivale : stage de préparation physique et matches en Autriche, tournée aux États-Unis pour les EA Ligue 1 Games, longs voyages, retour en Autriche pour un autre match ; mais surtout grosse chaleur, buts encaissés et défaites enchaînées. 4 sur 5 au total pour les hommes de l'ambitieux Paulo Sousa, qui peine, avec cet effectif actuel, à transformer son discours ambitieux en choses concrètes sur les terrains. Mais les supporters des Girondins tiennent bon : l'engouement est positif pour le match joué à Washington contre Marseille, à... 3h du matin, heure française et sur les réseaux sociaux, la course au lien du streaming pour pouvoir gratter les images d'un match contre un club autrichien, serbe ou autre est rondement menée ; la faute aussi à un club qui ne peut rien proposer à ses propres supporters pour suivre leur équipe. À ce niveau, il faut donc chercher du côté des équipes adverses et des TV étrangères (hormis pour les EA L1 Games, où la LFP avait négocié une diffusion par beIN Sports), qui proposent elles des moyens vidéos pour suivre les rencontres.

Pour ces rencontres, tous ne sont pas invités. Dès le premier stage en Autriche, Paulo Sousa écarte volontairement plusieurs joueurs pro de son groupe : Thomas Carrique, Zaydou Youssouf, Younousse Sankharé, Jonathan Cafu et puis Aaron Boupendza sont les premiers concernés. Deux d'entre eux trouveront un autre club par la suite : l'AS Saint-Épuise pour Youssouf (transfert à 2M€ + 40% à la revente), Feirense pour Boupendza (prêt au Portugal). Restés en Gironde sous la houlette d'Éric Bedouet, ces joueurs (hors les deux partants) s'entraînent donc sans savoir de quoi leur avenir sera fait.

L'annonce du groupe retenu pour les EA Ligue 1 Games à Washington confirme la tendance de Paulo Sousa et de son staff technique : les Girondins ont leur "loft", avec leur lot de joueurs indésirables. Younousse Sankharé, Jonathan Cafu, Alexandre Mendy, Daniel Mancini, Valentin Vada et aussi Paul Baysse sont priés de rester à Bordeaux. En confirmant leur pratique et en écartant au passage un membre du comité directeur de l'UNFP (Paul Baysse), les Girondins s'attirent les foudres du syndicat des joueurs, qui publie un communiqué cinglant à l'égard du FCGB et les épingle sur ce sujet tendu.

Dans la presse, les langues commencent à se délier : Younousse Sankharé et Alexandre Mendy évoquent leurs situations et le manque de considération du FCGB envers eux. Les supporters voient d'un mauvais œil ces nouvelles méthodes, mais le club est loin de ces débats et signe une nouvelle recrue. Bordeaux surprend et va chercher l'international sud-coréen Ui-jo Hwang (26 ans) au Gamba Osaka (Japon) pour deux millions d'euros. À la recherche d'un numéro 9 de classe depuis de nombreuses saisons, les Girondins se tournent finalement - encore - vers le profil d'un attaquant mobile et polyvalent pour renforcer un secteur tenu jusque là par l'expérimenté Jimmy Briand, l'espoir Josh Maja et le combatif Nicolas de Préville.

Pour ses débuts, en amical, Hwang s'illustre avec un énorme raté contre Montpellier aux EA Ligue 1 Games (victoire 2-1, pour l'instant la seule), mais la communication bien rodée autour du joueur (vidéos, interviews) et son statut de nouveau joueur "exotique" à découvrir laissent le bénéfice du doute. Bordeaux n'est plus à cela près.

En parallèle, et sous silence, Loris Benito, débarqué lui des Young Boys de Berne, ne joue toujours pas sous le maillot des Girondins. Les supporters bordelais, eux qui attendaient désespérément un latéral gauche de qualité pour concurrencer Maxime Poundjé, sont donc contraints de patienter. Dur de savoir si l'international suisse parviendra à apporter ses qualités aux Girondins, les matchs le diront, mais en attendant le joueur squatte lui, déjà, l'infirmerie bordelaise. Toujours là, Maxime Poundjé reste donc titulaire et enchaîne, lui, les rencontres.

 

Un mercato bloqué

 

Suivre les Girondins, c'est aussi être philosophe. Exemple : "Plus les jours de mercato passent et plus Bordeaux a de chance de recruter des joueurs". Car oui, le marché des transferts estival des Marine et Blanc et bloqué en cette fin juillet. Après une première vague, rapide, de joueurs recrutés libres (Mexer, Kwateng, Benito), les Bordelais ont sorti le carnet de chèque à une seule reprise, pour le recrutement de Hwang. Depuis, de nombreux dossiers sont en attente voire bloqués. Le possible gros coup Laurent Koscielny (Arsenal), l'espoir corse Matteo Tramoni, et le double dossier François Kamano - Youssef Aït Bennasser... Même pour signer le jeune latéral espoir algérien Aïssa Boudechicha, dont le montant de transfert évoqué tournait autour des... 50.000 euros et qui devrait aller dans un premier temps en réserve, les Marine et Blanc sont ralentis par quelques chose (visa, en l’occurrence).

Avec toutes ces difficultés, sur chaque dossier, Bordeaux n'est donc pas à l'abri de voir ses pistes lui passer sous le nez. Aujourd'hui, on reparle de Rennes pour Laurent Koscielny, hier, la piste Milan Badelj (milieu de la Lazio Rome) était à oublier. Et les récentes déclarations d'Hugo Varela n'incitent pas à l'optimisme sur la marge de manœuvre d'un FCGB pourtant toujours aussi ambitieux, mais qui semble sans moyens d'atteindre les ambitions sportives présentées par ce même Varela et par un Joseph DaGrosa qui a annoncé des "great players" il y a 10 jours.

 

Girondins et - pas - vous

 

Mercato bloqué et pour l'instant décevant, préparation mouvementée et sans résultats pour les troupes d'un Paulo Sousa qui n'a toujours pas prouvé sa valeur et la plus-value qu'il amenait aux Girondins ; même si le Portugais a une vision et une méthode pour améliorer le jeu ; les supporters sont inquiets alors que la reprise du championnat approche à grand pas, avec la crainte de repartir pour une nouvelle saison galère.

Il reste toutefois un mois de marché des transferts. Un mois pour convaincre joueurs... et supporters. Car ne pas joindre les actes à la parole après des promesses et annonces faites vis à vis de supporters en attente de renouveau durable depuis près d'une décennie est certainement l'une des plus mauvaises choses qu'il soit dans le football. Aujourd'hui écartés des terrains du centre d'entraînement du Haillan suite aux huis-clos programmés toute la semaine (assez contradictoire pour un club voulant se rapprocher de son public et donner une nouvelle image plus accessible), les supporters restent malgré tout patients et dans l'espoir : l'actualité reste suivie, les abonnements se poursuivent et la reprise approche.

Finalement ; le mercato atone, les mauvais résultats sportifs et le fond de jeu difficilement palpable, plus l'extra sportif aux nouvelles techniques peu humaines (nombreux huis-clos récurrents, mises à l'écart de joueurs sans les aider à trouver un point de chute pour continuer leur carrière ailleurs) sont des éléments qui creusent l'inquiétude des supporters aujourd'hui. Mais, à ce stade de la saison, tout cette inquiétude n'est pas définitive et le climat peut encore évoluer.

Aux dirigeants de la réduire et de proposer du football - et pas que du marketing et du développement de la marque, bien que ces évolutions soient aussi nécessaires en complément du sportif - à leurs supporters !