R. Molina : "Des fois, ce sont les gens autour qui plument l'investisseur"

R. Molina : "Des fois, ce sont les gens autour qui plument l'investisseur"

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Journaliste indépendant et auteur de plusieurs livres sur le monde du football, dont "La Mano Negra - Ces Forces Obscures Qui Contrôlent Le Football" (aux Éditions Hugo Sport), Romain Molina a posté, hier, une vidéo sur sa chaîne Youtube, intitulée : "Le point sur les divers rachats (avortés ou non) de clubs de foot français". Bien évidemment, il y reparle de celui des Girondins de Bordeaux, officiel depuis début novembre 2018, par le consortium de fonds d'investissement américain General American Capital Partners - King Street (+ Fortress en créancier, endettement de 95M€). Et comme dans ses deux vidéos - il annonce la troisième pour très bientôt - de fin août et fin septembre ; sur Hugo Varela et sur la "nébuleuse" américaine ; Molina ne dépeint pas un tableau réjouissant :

"Faire des bénéfices et gagner de l'argent dans le foot, c'est très compliqué quand vous êtes propriétaire de club en France. Mais ça offre une visibilité, une image, ça permet d'être partout, de se créer un portefeuille de partenaires invités en loges, de gens rencontrés dans le monde politique, industriel... C'est colossal de voir, dans une ville, une région, un pays, les portes d'entrée qu'ouvre un club de foot. Alors des questions se posent, car on est dans une période où des fonds de pension américains arrivent dans le football européen et français, après la mode des capitaux chinois ou celle des investisseurs du Moyen Orient. Et là, les fonds américains essayent de racheter tout ce qui se fait en France, dont les clubs de D2, où la mise n'est pas chère, avec des montages de type LBO (Leveraged Buy-Out, ou "achat à effet de levier") : une nouvelle société prend des prêts pour racheter un club, rachète le club grâce aux prêts des banques et les dividendes générés par le club vont servir à rembourser les prêts contractés. C'est très courant dans le monde de l'entreprise, et Manchester United avait été racheté comme ça, et Bordeaux aussi - club sur lequel on reviendra bientôt, car il y a beaucoup de choses à dire sur les contrats de prêts etc... -.

Il faut donc d'abord se demander si nos clubs de football français peuvent être rentables, gagner de l'argent, et permettre aux investisseurs de rembourser leurs emprunts. En France, le seuil de rentabilité des clubs il est quasiment nul et beaucoup ont des déficits structurels, comme à Bordeaux, qui chaque année perd de l'argent et doit vendre des joueurs (ou compter sur l'ex actionnaire, M6, pour boucher le trou, NDLR). Alors, oui, les droits télés vont augmenter en 2020, et ça beaucoup l'utilisent pour dire que ça aidera à être plus compétitifs, à attirer plus de joueurs, à ne plus perdre d'argent... Mais ça engendrera aussi plus de frais, notamment la masse salariale.

(...) On doit aussi se demander - vraie question ! - comment on s'entoure pour racheter un club. Il faudrait en faire un sujet spécial, car souvent les gens mettant de l'argent dans le foot se font escroquer. Des fois, on dit que le grand méchant c'est l'homme avide d'argent qui rachète des clubs pour gagner de l'argent sur je sais pas quoi... Mais non, car des fois ce sont les gens autour de lui qui le plument, car la personne n'a pas connaissance des us et coutumes du monde du foot, qu'on ne peut pas comparer aux autres. Pour en avoir parlé avec des businessmen qui s'intéressaient au foot, ils étaient très surpris de voir le décalage entre ce qu'ils connaissaient dans l'énergétique, l’hôtellerie, le BTP et le foot, où tous leurs repères ont changé et n'étaient plus les mêmes. Et ça, souvent, des gens en profitant.

(...) Aussi, attention, beaucoup de rachats sont évoqués et ont lieu, mais peu marchent. Les rachats récents de clubs sont très, très, très compliqués, déjà, et ensuite il faut voir, derrière le fantasme de faire venir des capitaux étrangers, quelle politique on met en place. Et parfois, sur ça, les nouveaux propriétaires sont tellement asphyxiés par la pression qu'ils vont faire confiance à n'importe qui. Des fois, vous êtes contactés par des gens vous disant qu'ils représentent des investisseurs d’ici ou de là, mais pour trouver la véracité c'est très dur. (...) Après, quand on a les noms, qu'on se renseigne au maximum, parfois, il ne faut pas avoir peur. Mais à Bordeaux, par exemple, là on peut se poser beaucoup de questions et avoir peur... ouais. Car la somme empruntée est colossale, avec un énorme taux d'intérêt, alors que le club est en déficit structurel.

Le modèle sportif, ce sera le trading de joueurs, mais ils vont faire comme dans le business des entreprises : on en achète plusieurs, mettons une dizaine, et certaines sont déficitaires, mais dans le lot il y en a peut-être deux qui vont gagner beaucoup d'argent en permettant de s'y retrouver dans l'investissement global, même si des paris sont perdus. Et pour faire ça avec 10-15 joueurs, en acceptant des flops mais en voulant revendre 40-50M€ les 2-3 qui pètent tout, il faut quand même créer une cellule de recrutement cohérente avec des gens connaisseurs niveau ballon. Alors quand, à Bordeaux, ça s'entoure uniquement de banquiers d'affaires et de personnes du monde du marketing mais pas de mecs du foot, c'est vraiment très risqué. Hugo Varela est en place, plus Eduardo Macia dont on parle et qui devrait arriver, mais il ne faut pas penser qu'au business, car si tu ne fais pas le travail en amont sur le foot pour dénicher des bons joueurs, avoir leur profil psychologique, analyser leur adaptation mentale - très important - par un grand travail qui limite le risque, même si les échecs sont inévitables... Attention. En ne voyant qu'à court terme, c'est problématique. Enfin, bonne chance à tout le monde, à tous les clubs français de Ligue 1, L2 ou même plus bas concernés par ces différents projets, tous différents !"

R. Molina : "Des fois, ce sont les gens autour qui plument l'investisseur"

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