F. Brunet raconte comment se sont faits les déplacements à Nantes et Strasbourg et la répression subie

F. Brunet raconte comment se sont faits les déplacements à Nantes et Strasbourg et la répression subie

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Toujours dans l'émission 'Intégrale Foot', sur la webradio 'Ville Lumière', Florian Brunet, un des porte-parole des Ultramarines Bordeaux 87, a raconté en détails comment s'étaient déroulés les deux derniers 'déplacements' des UB ; à Nantes et à Strasbourg. Interdits par les préfectures du 44 et du 67, ces déplacements ont quand même été effectués par les Ultras du FCGB, qui n'acceptent plus d'être privés de leur liberté de circulation. Mais, comme vous l'avez largement vu dans les médias, tout a dégénéré et la répression a été plus que lourde pour de simples supporters de foot venant voir un match.


Voici tout le récit de Florian, de plus en plus édifiant au fil des minutes :


"Nous, on a décidé de ne plus jouer le jeu des préfectures et de la Ligue, de ne plus annuler nos déplacements, et et de ne plus respecter les arrêtés liberticides. A Nantes, cette saison, il y a 3 semaines, on savait déjà ce qu'on risquait : ne pas passer le péage. Alors on a pris le train depuis La Roche-sur-Yon, mais la police a été avertie et a fait arrêter le train, le temps de déplacer les 50 camions de CRS, pour attendre les 150 supporters bordelais à la gare de Nantes. Là, ça s'était encore passé de manière à peu près 'cool' puisque la police avait juste pris nos identités et nous avait laissés repartir, en appelant nos bus...


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Mais à Strasbourg, ce weekend - rebelote, interdiction de déplacement -, on a voulu aller encore plus loin. Il était hors de question de faire demi-tour, on voulait accéder au stade ! On était moins nombreux, car on l'avait moins annoncé, et car Strasbourg c'est plus loin... Mais nous étions quand même 70 motivés à vouloir faire le long déplacement en bravant l'interdiction. Ça a été une organisation importante. Moi, je suis arrivé tôt durant l'après-midi, pour un repérage, accueilli par les Ultras Boys (supporters ultras du RC Strasbourg, NDLR), qui s'étaient occupés de nous acheter les places. Donc il y a eu de la solidarité, de l'entraide entre supporters rivaux ; même si notre rivalité avec Strasbourg s'est un peu tassée avec le temps - Et d'ailleurs, je vois que même le CU 84 (les ultras de Marseille, NDLR) a fait une banderole pour nous soutenir, ce qui est extraordinaire car ce sont nos pires ennemis, avec la BSN (Nice) et la tribune Boulogne (PSG) ! -. Tout ça montre bien qu'on peut s'entendre, et dans ces moments-là ça s'accentue. Les Strasbourgeois sont très respectables, et on les connaissait déjà un peu via les réseaux sociaux et l'ANS, et ils se sont immédiatement portés volontaires pour donner un coup de main.


(...) A partir de 18 heures, les gars de Bordeaux sont arrivés en véhicules, mais nous étions attendus, et un minibus s'est fait serrer en arrivant sur Strasbourg. Dès 18H30  on avait déjà une vingtaine de mecs en moins, renvoyés chez eux ! Mais on n'a rien changé à nos plans, on est restés discrets pour la distribution des places etc. Après, dans le stade, on s'est étalé, et on a commencé à se rassembler vers 20H, dans la tribune derrière le but, près du parcage visiteurs. Comme on avait convenu avec eux, les Strasbourgeois ont fait grève au début du match, en solidarité avec nous. Avec les stadiers de la Meinau, ça s'est très bien passé, ils étaient d'une grande correction, ils nous ont un peu décalés et nous ont dit 'Pas de soucis, on vous encadrer'. Il n'y avait aucune tension ! Mais vers la 35ème minute ; alors qu'on chantait et qu'on avait bâché, avec un petit cordon de stadiers autour de nous, sans animosité dans la tribune ; les stadiers sont venus nous voir en nous disant que les CRS voulaient nous dégager. Au départ, on nous a même dit qu'ils voulaient gazer... (...) Au passage, je voulais vraiment saluer les stadiers et la sécurité de Strasbourg. Il y a d'ailleurs une photo où un stadier met ses bras en croix, par solidarité avec nous, car ils étaient outrés par notre expulsion !


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Alors quand ils sont venus nous dire que les CRS voulaient gazer - on était quand même dans une tribune familiale, avec des enfants, des femmes... -, on s'est dit 'Qu'ils essayent !', car gazer une tribune on sait ce que ça fait... Au final, heureusement, ils ont eu la présence d'esprit de ne pas le faire. Mais ils sont rentrés sans ménagement dans la tribune, ils ont mis les boucliers. Nous, on avait 2 mètres de large, donc on ne pouvait pas sortir d'un coup, même en nous poussant avec les boucliers... Après, les vidéos de notre expulsion ont tourné et sont encore visibles, on voit bien qu'il y a des coups de matraques gratuits. Ce sont des images assez fortes : des CRS rentrant dans une tribunes pour expulser 50 bordelais totalement pacifiques. Ensuite, le carnage a continué : on a été gardés derrière le stade, tous menottés un par un, mis dans des véhicules de la BAC (la brigade anti-criminalité, NDLR), avec toute la BAC présente, un nombre incalculable de flics, puis amenés au commissariat de Strasbourg.


Là-bas, le cinéma a continué : garde à vue, avec des PV de deux pages, le tout 47 fois, puisque nous étions 47. On a tous demandé des docteurs et des avocats, alors les cabinets ont explosé d'appels... La plupart des policiers - même si on n'a pas la police dans le cœur - ont même été, franchement, incrédules. Comme nous, ils étaient dans le même bateau, ils subissaient. Dans les geôles des gardes à vue, ils avaient un boulot complètement inhabituel et ingérable. On a vu des fonctionnaires de police craquer et être désabusés face à la masse de travail qu'ils avaient. Plus aucune garde à vue n'était libre, on était 4 dans des cellules de 4 mètres carrés, on n'a quasiment pas eu à bouffer... Sur la cinquantaine que nous étions, l'immense majorité n'avait jamais été en garde à vue, on avait aussi 6 filles, des jeunes parmi nous ont fait des malaises, des craquages psychologiques. Il y en a un qui s'est retrouvé au mitard car il craquait psychologiquement. Mais ça a a duré 18 heures... Les policiers eux-mêmes nous disaient qu'ils ne pouvaient pas être dans les quartiers où ils sont d'habitude et qu'ils ne pouvaient traiter que les appels extrêmement graves. Ce soir-là, à mon avis, on pouvait frapper une femme ou voler le sac d'une vieille sans que personne n'intervienne ! C'était totalement disproportionné. On a été victimes d'un abus de pouvoir, d'un excès d'autorité. Les préfets, les procureurs et la Ligue veulent exprimer leur autorité quel qu'en soit le prix.


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(...) Mais nous, en sortant de ces 18 heures de garde à vue, on s'est tous tombés dans les bras, et - à part quelques une qui ont sans doute été choqués et qu'on ne reverra jamais - on ne les regrette pas, malgré tout, car on sait la cause qu'on défend, celle des supporters, et que ça fait partie du côté romanesque, épique, fascinant du mouvement ultra ; celui grâce auquel on attire du monde. Et grâce à quoi on a créé une onde de choc médiatique - au-delà même de nos espérances - et fait réfléchir l'opinion. Sur ce point, c'était prémédité, et on est extrêmement fiers de ce qu'on a fait. Moi, j'ai 40 ans, je suis chef d'entreprise, j'ai une femme et une fille ; mais défendre le football populaire et les Ultras c'est le combat de ma vie. Et il est louable, noble. Aujourd'hui, on veut un public aseptisé, qui consomme, qui vient en famille claquer 200-300 ; pas d'un public populaire qui paye 12€ et qui fait chier pour le prix des abonnements, le troisième maillot, l'entraîneur, mais ce lobby financier on le combat. C'est un rapport de force permanent, où on se met en danger, comme pour d'autres sujets de société ! Et je pense que si nous avions été 300 ou 500 à Strasbourg, et pas 50, on l'aurait gagné ce rapport-. Et on n'aurait pas été expulsés. Je me dis aussi qu'il y aurait pu y avoir un drame, sait-on jamais. Un coup de matraque malvenu, une personne dans le coma, ou un mouvement de foule... C'est une vraie lutte, on n'est pas dans le monde des bisounours, et il y a toujours des dommages collatéraux."


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