B. Gaillard : "Ils peuvent être en énorme dépendance administrative"

B. Gaillard : "Ils peuvent être en énorme dépendance administrative"

Le - Médias- Par Aymeric

Pour un podcast du 'Formation Football Club' intitulé "L'Afrique et ses rêves, quels dangers pour les jeunes footballeurs ?", Barthélémy Gaillard et Christophe Gleizes, auteurs du livre "Magique Système, l'esclavage moderne des footballeurs africains", présentent notamment la façon dont certains faux agents se servent des jeunes footballeurs africains. Parmi la dizaine de pays du continent africain qu'ils ont traités pour écrire leur livre, il y a le Togo, d'où vient la jeune recrue offensive des Girondins de Bordeaux, Thibault Klidjé, justement au cœur de très sales histoires révélées ces dernières semaines et impliquant notamment ses différents agents, sa famille et même - peut-être - des dirigeants du FCGB.

Sans aborder en particulier ce cas précis, mais en parlant surtout du sujet général, Barthélémy Gaillard et Christophe Gleizes expliquent ainsi...

B. G : "Dans le titre de notre livre, on a utilisé le terme 'esclavage' - à bon escient je pense - dans deux sens. Le premier, c'est de dire que les jeunes joueurs africains sont esclaves de leurs propres rêves. Mais ça, c'est une autre problématique, propre à la jeunesse africaine, qui a peu d'opportunités sociales et économiques donc voit le football comme un ascenseur social et économique très populaire et rapide. Le foot est omniprésent dans les médias, certains footballeurs africains stars sont beaucoup mis en avant, pour leurs matches mais aussi pour les à-côté comme les salaires mirobolants, les femmes, les jolies maisons et les jolies voitures. Donc c'est quelque chose qui est énorme dans l'imaginaire là-bas, du coup les jeunes sont esclaves de leurs rêves... Ensuite, il y a le sens beaucoup plus violent et coercitif d'une autre forme d'esclavage, car ils peuvent se retrouver dans une situation d'énorme dépendance au niveau administratif. Mais ça, il faut y revenir plus en détails après, car il y a des mécanismes et des chemins qu'ils empruntent pour arriver en Europe qui font que bien souvent, en gros, ils se retrouvent comme les proies d'agents prétendus mais qui sont en fait plus des sortes de passeurs de migrants qui s'emparent de leurs papiers, leur demandent de l'argent et en font donc leurs propres esclaves à cause de cette dépendance administrative. Vraiment... Les jeunes se font prendre leurs papiers, une partie de leur salaire, et ils se retrouvent à ne rien pouvoir faire, et dans un pays qu'ils ne connaissent pas forcément, avec des agents qui sont souvent à l'étranger. Du coup, dans ce cadre-là, il y un véritable esclavage administratif et économique."

C. G : " Pour résumer, il n'y a pas de boulets ni de chaînes, car ce n'est pas de l'esclavagisme traditionnel - et encore heureux ! -. Mais, il faut quand même comprendre que, pour la plupart, ces jeunes joueurs de football africains sont traités comme des animaux, n'ayant aucun droit. Déjà, il faut imaginer qu'on leur fait mentir et tricher sur leur âge et leur identité. Des joueurs de 25 ans se retrouvent en centres de formation avec des jeunes de 16-17 ans... Déjà, tu deviens un peu schizophrène. Et puis après, voilà, on t'envoie par exemple en Russie et personne n'est là-bas pour t’accueillir... Puis on te vole ton passeport. Et si tu gagnes 600€ en réserve à l'Atlético de Madrid on t'en prend 400... En fait, vu que parfois voire la plupart du temps les jeunes sont clandestins ils n'ont aucun droit, aucun contre-pouvoir et ils se retrouvent à la solde d'agents véreux qui les exploitent le plus souvent. Pour ces agents, il faut bien comprendre que le footballeur africain est une vraie mine d'or, une poule aux œufs d'or, parce qu'il ne coûte rien et peut très vite se rentabiliser en étant vendu 10M€ sur le marché des transferts."

Nous ne savons évidemment pas si le cas de Thibault Klidjé coche une ou plusieurs de ces 'cases' horribles, mais le tableau général ici dépeint par ces deux spécialistes sur le marché des jeunes footballeurs africains fait froid dans le dos.

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