M. Edwards pointe le paradoxe, un an après, du bilan des fonds américains

M. Edwards pointe le paradoxe, un an après, du bilan des fonds américains

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Enchaînant, après Yann Philippin (journaliste pour Mediapart), le journaliste Mathias Edward (écrivant pour So Foot et Revue Far Ouest) parle aussi du bilan, un an après, des fonds d'investissement GAPC, King Street et Fortess comme dirigeants des Girondins de Bordeaux. Pour lui, qui parle longuement et en détails, le paradoxe est que le sportif n'est pas le but premier des fonds, mais que c'est actuellement ce qui marche le mieux...

"Nicolas de Tavernost, il est passionné et un amoureux des Girondins, mais les Girondins était la seule branche déficitaire du groupe M6 et vis à vis de ses actionnaires - même s'il a tout fait pour que le rachat par GACP ne se fasse pas, notamment en donnant un prix de vente de 100M€ censé faire fuir les Américains car le club était valorisé à 50M€ - il sentait bien que ça ne suivait plus, donc qu'il fallait vendre. Le fait qu'un nouveau propriétaire soit là, c'est donc positif, mais le négatif c'est toute cette histoire de dettes, dès le premier jour du rachat : 90M€. Le recrutement a été bon et malin, mais à moindres frais, même si c'est positif d'avoir mis de bonnes personnes à la tête du sportif pour faire des recrutements inattendus comme ça. Après, quand GACP aura remboursé sa dette, on verra comment ça tourne et s'ils ont une vraie puissance financière ; alors un an c'est un peu tôt encore pour faire un vrai bilan. En fait, le bilan de GACP, qu’on peut tirer un an après, c’est que, paradoxalement, les investisseurs américains sont venus et ont racheté Bordeaux avec un souci principal qui n’était pas le sportif mais de valoriser la marque des Girondins de Bordeaux et de travailler sur les aspects commerciaux ; et un an après, c’est le sportif qui fonctionne le mieux. Parce que ce qu’ils ont fait de mieux a été de prendre un entraîneur comme Paulo Sousa, ça j'en suis convaincu. Et plus je travaille sur Bordeaux, plus je vais parler avec des entraîneurs, plus ils me disent que c’est une référence suivie depuis des années. Sousa est un vrai philosophe du football, un penseur, une personne qui a des concepts précis, qui est habité par le football. Le positif, c'est donc ça, le jeu, le fait qu'on ait une équipe agréable à voir jouer, ce qui n'était plus le cas depuis la période Laurent Blanc. Sauf qu'il y a l'économique. Et là, les Girondins attendent 2020 et les nouveaux droits télés à 1.1 milliards d'euros.

(...) Dans un papier que j’avais écrit pour So Foot, au moment du rachat des Girondins, j’avais interviewé quelqu’un qui voulait rester anonyme mais qui avait été contacté pour devenir le président des Girondins de Bordeaux, mais il avait refusé justement parce que les Américains lui avaient dit : 'Nous, on cherche un président délégué - qui sera finalement Frédéric Longuépée -, qui ne s’occupe pas du foot, car même si l’équipe finit 10ème tous les ans ce n'est pas grave vu que le but est de tenir jusqu’aux nouveaux droits TV'. L’objectif était de rester en première division pour que, de toute manière, avec l’inflation de l'économie du foot, le club qu’ils ont acheté 100M€ vaille automatiquement entre 150 et 200M€ avec les droits TV. Le sportif n’était donc pas au centre du projet, mais au final c’est une des seules satisfactions, un an après. Eduardo Macia, le directeur du sportif, a du réseau et a fait venir Paulo Sousa, cet entraîneur qui est très bon. Et, paradoxalement, le fait que le sportif ne soit pas au centre des préoccupations a fait que Sousa a pu perdre six matches d'affilée et mettre des mois pour qu'on comprenne ses concepts de jeu nouveaux sans risquer d'être viré, afin de mettre un projet sportif en place, ce qui n'aurait sans doute pas été possible dans un club avec des ambitions sportives plus centrales pour les actionnaires. En tout cas, sportivement, c'est très intéressant à observer ce qu'il se passe sur le terrain avec Paulo Sousa. Il ne fait aucune concession, il est droit dans ses bottes, ne change jamais de schéma ni de manière de jouer, même si c'est compliqué et que ça met du temps à se mettre en place. Et maintenant que c'est mis en place, même si ce n'est pas parfait car il y a encore des postes faibles, je peux vous dire que dans la rédaction parisienne où je travaille, So Foot, depuis 8 ans, l'image des Girondins a changé. L'image de Bordeaux, c'était celle d'une équipe chiante, où on s'emmerde, car il ne se passe rien. Mais maintenant, quand Bordeaux passe le vendredi ou le dimanche ; quand les Parisiens regardent ; ils me disent le lundi que c'était pas mal. Et ça, je ne l'avais pas entendu depuis 8 ans, donc c'est positif.

Et ça peut faire venir les gens au stade, car quoi qu'en disent Frédéric Longuépée et Antony Thiodet, le directeur de la billetterie, le jeu fait plus venir que les hot-dogs ou les pom-pom girls. Mais les Américains, ils ne parlent jamais de sport, que d'entertainment... C'est leur culture, ils ne sont pas que dans la compétition et veulent que les gens au stade s'amusent aussi avec des trucs autour. Et par exemple, à Bordeaux, ils veulent animer le parvis - qui est très triste - et créer une fan zone et tout. Le premier tweet de Joe DaGrosa, après le rachat, c'est d'ailleurs sur les files d'attente à réduire aux buvettes ; ça montre bien son état d'esprit. Il ne connait pas trop le foot DaGrosa, mais il écoute, il s'intéresse, il apprend et il applique ce qu'on lui dit. C'est quelqu'un qui s'est construit seul, qui a fait fortune en relevant des Burger King en faillite.

(...) De toute manière, c'est impossible de supporter un club qui n'a pas le sportif pour priorité. Et, pour en revenir à celui que j'avais interviewé, qui avait donc été contacté pour présider le club, il m'avait révélé que King Street lui avait dit : 'Ce n'est pas car nous sommes juste 10èmes au classement qu'on ne peut pas augmenter les résultats commerciaux'. Après, King Street, ils ne communiquent pas publiquement. (...) Mais par rapport à tout ça, on peut spéculer que c’est pour ça que Frédéric Longuépée a été recruté, car il tenait un poste de directeur de la marque du Paris Saint-Germain avant et c’est lui qui a, par exemple, changé le blason du club, en enlevant le berceau en bas de la Tour Eiffel et des symboles importants pour les supporters et historiques et en mettant Paris en gros et Saint-Germain en tout petit. On peut penser qu’il veut faire la même chose avec les Girondins en mettant Girondins en tout petit et Bordeaux en gros. Et c’est d'ailleurs déjà le cas au stade. Et puis à la première conférence de presse des Américains, il y avait Bordeaux en gros et Girondins en tout petit, ce qui était nouveau. En fait, Longuépée veut développer la marque à l’international, c’est son job, et il n’est pas là pour le sport. Aux États-Unis et dans le monde, Bordeaux, ça parle à tout le monde, grâce au vin, mais 'Girondins' ça ne parle pas à grand-monde. Dans leurs stratégies, il y a aussi les droits TV à l’international sur lesquels ils comptent, notamment aux USA, où le PSG est le club le plus populaire dans 6 états des 50 du pays, dont de gros comme le Texas et l'Alabama. Alors ils pensent que la Ligue 1, dans le futur, va être un truc énorme chez eux, donc ils comptent bien revendre les droits des Girondins Bordeaux très chers aux USA. Et pour les dirigeants et pour Frédéric Longuépée, c’est Bordeaux, pas les Girondins. Après, au conseil d’administration, il y a toujours Jean-Louis Triaud, Jean-Didier Lange, des historiques. Donc le club sera toujours Marine et Blanc par exemple, ça c’est sûr, et ils se battront pour le logo et le nom de la marque. Eux, ils s'efforceront de faire respecter ça, ces statuts."

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