Interview de Stéphane Courbis, agent de joueurs

Interview de Stéphane Courbis, agent de joueurs

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Son nom va sans doute déjà vous dire quelque chose. Il s'agit deStéphane Courbis, fils de Rolland Courbis. Sa profession ? Agent dejoueurs depuis 13 ans. Contacté par nos soins, il a très  gentiment accepté, en exclusivité pourGirondins33.com, de lever le voile sur ce métier souvent décrié.


Bonjour Stéphane Courbis. Pouvez-vous nous décrire votre parcoursavant de devenir agent de joueur ?


Bonjour. J'ai un parcours assez classique puisque j'ai uneformation en droit. Puis j'ai obtenu ma licence d'agent FFF.


On devine que la profession fait l'objet d'une surveillanceparticulière ?


Lors de chaque mercato estival, nous devons fournir desrapports détaillés sur les transferts que l'on réalise. C'est assez précis.Nous devons apporter la preuve de nos mandats. Nous devons également nousassurer. La licence doit désormais être renouvelée tous les ans alors qu'avant elleavait une validité de 5 ans. Il existe une volonté de surveiller les agents etde les contrôler.



 

Comment s'y prendre pour repérer un jeune joueur sansagent ?


On les repère dans les centres de formation. On leur donnedes conseils dans la gestion de leur quotidien et on finit aussi leur éducationfootballistique. Il y a une sacrée différence entre être professionnel et faireune carrière professionnelle. Faire une carrière professionnelle, c'estdifficile. Il faut aiguiller le joueur.


On entend souvent dire que ce sont les agents qui« font » les carrières. Qu'en pensez vous ?


Comme dans tous les métiers, il y en a pour tous les goûts.Il y a des agents qui ont pour priorité d'aider leurs joueurs à toujoursobtenir le meilleur pour eux et leur carrière. Et puis il y a les autresagents… comme ceux qui ne se soucient que de l'argent que pourra leur rapporterle joueur.


En parlant d'argent, comment se rémunère un agent ?


Si l'agent et le joueur sont liés par un contrat, c'est lejoueur qui doit rémunérer son agent. En revanche, en cas de convention tripartiteconclue entre le joueur, le club et l'agent, l'agent peut toucher une primeallant de 1 à 10 % du salaire annuel du joueur dont il défend les intérêts.


Pouvez-vous nous dévoiler quelques uns des noms de joueurs dont vousreprésentez les intérêts ? Aux Girondins de Bordeaux peut-être ?


Actuellement, j'ai quelques joueurs girondins sous contrat avecmoi comme Cédric Carrasso, Thomas Touré, Jérôme Prior, Mathieu Chalmé ou WillySagnol.

Lorsqu'un de vos joueurs vient vous voir et qu'il vous demande de vousrenseigner pour un transfert, comment vous vous y prenez ?


Mon rôle est de « conseiller » mon joueur. Le joueurreste seul décideur de son sort. Comme un avocat, je n'ai aucun pouvoirdécisionnaire.


Il faut attendre le bon moment. Par exemple, Serge Aurier quiétait arrivé au bout à Toulouse. Il lui fallait un autre challenge, plus relevéet à la mesure de son talent. J'ai tout fait pour qu'il soir transféré etmaintenant il évolue au PSG.


Vous évoquez la notion de « bon moment ». Quandest-ce que c'est le bon moment selon vous ?


Chaque cas est différent. Vous pouvez avoir un joueur qui nes'épanouit pas dans un club soit parce qu'il est loin de sa famille ou qu'iln'entre pas dans les plans de l'entraîneur. Vous pouvez également avoir unjoueur qui s'éclate mais qui arrive à un pallier qu'il ne pourra franchir qu'encas de départ.


Il faut voir ce que souhaite l'entraîneur. On se renseignesur le système de jeu employé, le profil de l'entraîneur et voir si celacolle bien aux qualités du joueur demandeur. Ma mission est de trouver le bon club àchaque joueur.


Avez-vous quelques anecdotes au sujet du PrésidentTriaud ?


J'ai eu l'occasion de le rencontrer quelques fois. C'est legarant des finances du club girondin. Il n'a pas tendance à sous-payer unjoueur.

Une anecdote sur un transfert ? 


Je pourrai vous parler de Cédric Carrasso qui a récemmentprolongé son contrat. Je peux vous confirmer que le club de Bursaspor étaitintéressé. Seulement, Cédric a privilégié Bordeaux car il s'y sent comme chezlui. A partir de là, il n'a pas hésité et cela s'est fait rapidement.


Combien de temps peuvent durer des négociations ?


Mon souvenir d'une longue négociation est celle de RobertPirès qui a duré plus d'un an et demi !


Quel regard portez-vous sur l'état des clubs français ?


Nous avons la chance d'avoir des clubs bien gérés en France.Ce qui attire c'est le sérieux et la performance d'un club mais aussi laqualité des installations. Les Girondins bénéficient de ces critères.


Étant donné que vous avez donc des joueurs des Girondins de Bordeaux sous contrat,confirmez-vous que le club est en train de mettre en place un « salarycap » comme à Saint-Étienne ?


Les Girondins ont établi une grille des salaires enintroduisant une part d'aléatoire. Concrètement, plus vous êtes bien classés,plus les primes gonflent. C'est un système qui peut être dangereux si jamais leclub dépasse ses objectifs. Un joueur peut faire une bonne saison dans unesaison collective moyenne et il faudra quand même réévaluer son salaire pouréviter de le voir partir.

 

Des agents qui s'occupent en parallèle de la carrièred'entraîneurs et aussi de joueurs, n'y voyez-vous pas un risque de conflitsd'intérêts ?


C'est très facile de voir des risques partout. J'attire votreattention sur le fait que nous n'avons aucun intérêt à placer des joueurs àtout prix… Allez donc voir le grand nombre de joueurs qui pointent aujourd'hui auchômage sur les listes de l'UNFP.


On a surtout mis cette situation en avant lorsque Laurent Blanc a étéaccusé par certains observateurs du foot de sélectionner des joueurs de l'écurie de son agent, Jean-Pierre Bernès…


Je ne vais pas parler pour Jean-Pierre, qui est un collègueque je respecte. Je vais prendre un exemple concret. J'ai sous contrat unjoueur qui s'appelle Matthieu Chalmé. Il possède une belle carte de visite.Expérimenté en Ligue 1, un bon palmarès, etc. J'aurais pu dire à Willy, dont jem'occupe, « allez fais-lui signer un contrat ». Or ce n'est pas lecas.


Nous remercions grandement Stéphane Courbis pour le temps qu'il nous a accordé pour réaliser cette interview.