Les mauvais chiffres du Matmut Atlantique, nouvel exemple du souci des clubs français avec leurs nouveaux stades

Les mauvais chiffres du Matmut Atlantique, nouvel exemple du souci des clubs français avec leurs nouveaux stades

Le - Nouveau Stade - Par

Tandis que l'Olympique Lyonnais s'apprête à inaugurer son nouveau grand stade, Jérôme Latta (Les Cahiers du Foot/Le Monde) a publié un billet pour revenir sur une théorie qu'il défend depuis longtemps : la remise en cause du PPP (Partenariat Public Privé) pour financer les nouveaux stades - un système que Lyon n'a pas choisi puisque son stade a été financé par le privé et lui appartiendra - et, surtout, la remise en cause des possibilités de réussite futures des nouveaux stades, qui plus est dans un pays où la culture foot est limitée. Les "exemples" de Nice, Lille et, bien sûr, Bordeaux, avec le "Matmut Atalntique", sont ainsi utilisés pour illustrer ses propos.

"À Lille, Nice et Bordeaux, les nouvelles enceintes déjà en service sont globalement de très belles réussites architecturales, mais leurs effets sur la fréquentation sont divers et plutôt décevants. Sur la première moitié de saison, alors que le taux de remplissage global des stades de Ligue 1 est de 70%, les trois nouveaux grands stades "sous-performent" avec 52,3% pour Nice, 60,2% pour Bordeaux et 61,8% pour Lille. L'Allianz Riviera est à moitié vide, le Matmut-Atlantique et le stade Pierre-Mauroy n'atteignent pas les deux-tiers de sièges occupés.

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Également alarmante est la forte érosion de la fréquentation constatée au-delà la première saison : moins 6.000 spectateurs à Nice en 2015/16, alors que le club a réussi une bonne demi-saison en proposant un jeu séduisant ; moins 10.000 à Lille, où le nombre d'abonnés est descendu de 30.500 en 2012/13 à 24.000 en septembre dernier (le LOSC ayant subi, lors deux derniers exercices, des parcours plus médiocres que les précédents). L'effet de nouveauté ne semble donc pas durer et, comme l'on pouvait s'y attendre, en France, seuls des clubs étant en pleine réussite sportive peuvent prétendre faire durablement le plein. C'est-à-dire pas seulement pour les plus grosses affiches.

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(...) Le (splendide) nouveau stade des Girondins réussit même l'exploit de faire à peine mieux que le (splendide) stade Chaban-Delmas avec un gain de... 1.700 spectateurs en moyenne. Il faut vraiment avoir la foi dans la modernité des "arenas" pour ne pas considérer que le gain de capacité – à hauteur de 7.000 places – aura une utilité autre que ponctuelle.

(...) L'attrait des nouveaux équipements peut-il compenser l'éloignement affectif (des anciens stades qui avaient leur épaisseur historique, des centres-villes) et l'éloignement géographique avec ses nouvelles contraintes ? Censés s'inscrire dans tout un projet de développement urbain, ils courent le risque de devenir des structures hors-sol, pensées pour un spectateur fictif dont on a postulé qu'il se déplacerait plus loin si on lui offrait plus de confort et plus d'occasions de consommer.

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(...) Dans la conception de ces nouveaux stades, les facteurs sportif et humain ont été considérablement négligés. Les deux sont liés dans l'évidence - constamment occultée - que la base populaire du football dans les villes françaises n'est pas de nature à assurer une fréquentation à la fois suffisante et indépendante des résultats. L'enracinement limité de la culture football en France aurait dû discréditer les références systématiques aux "modèles" allemands et anglais (qui ont pourtant toujours cours chez les experts).

Côté sportif, la réussite économique des stades est directement liée aux performances des équipes : des relégations en division inférieure, comme au Mans ou à Grenoble, produisent des désastres ; des résultats seulement bons n'assurent pas les affluences et la rentabilité espérées. Or, et encore plus dans une compétition préemptée par le Paris Saint-Germain, il n'y a simplement pas de place pour tout le monde dans le haut du panier. Côté humain, lors de la période durant laquelle furent conçues et érigées les nouvelles arènes, les supporters les plus fervents ont été réprimés, privés de droits, de dialogue et de représentation, interdits arbitrairement de stade et de déplacements. Le pari hasardeux de leur substituer une population plus familiale, plus consommatrice et plus nombreuse confirme un grave défaut d'intelligence stratégique au sein du football professionnel."


(Tip's G33 : les codes)

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