Dutuel : "Comment le club a pu en arriver là ? C’est la première question à se poser"

Dutuel : "Comment le club a pu en arriver là ? C’est la première question à se poser"

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Milieu des Girondins durant les années 90, Daniel Dutuelcontinue de porter un regard avisé sur le foot et le FCGB. Pour WebGirondins, il partage son analyse sur la situation délicate des Marine et Blanc :

"Ce que je pense, c’est qu’en fin de compte, quand il y a des situations de crise, il faut faire attention et jouer sur ce qui est positif. À Bordeaux, il y a un environnement qui devrait faire que les joueurs se sentent dans de bonnes conditions de travail afin de tirer le maximum du potentiel de cette équipe. Je connais bien l’environnement des footballeurs professionnels et de la vie de club, et il faut que tout le monde tire dans le même sens. Je pense qu’il est essentiel qu’il y ait un discours général qui soit bien le même de la base du club jusque dans chaque section pour que chacun connaisse sa mission et tire dans le même sens pour exploiter le potentiel maximum. Bordeaux, avec la qualité de l’effectif et de ses installations, devrait être mieux classé, c’est évident.

(...) Je pense qu’il faut qu’il y ait une réflexion collective. Comment le club a pu en arriver là ? C’est la première question à se poser. En ce moment, il y a une équipe qui m’inspire, c’est l’Atletico Madrid. Il faudrait que l’on sente cela en France, que tout le monde tire dans le même sens. Quand on regarde Diego Simeone, il arrive à transmettre quelque chose à son groupe. Il faut qu’il y ait vraiment des leaders qui poussent tout le monde dans le sens de la performance. Car tous les joueurs ont aujourd’hui des qualités individuelles énormes, les centres de formations fonctionnent bien, mais qu’est-ce qui fait qu’un joueur va devenir performant ? C’est ça la question à se poser. L’Atletico s’est posé les bonnes questions et avance vers la performance. Je prends l’exemple de l’Europa League et des gros progrès qui ont été faits par les clubs espagnols en la jouant. En 1995/1996, on a emmagasiné une expérience extraordinaire lors de notre épopée en Coupe de l’UEFA, mais c’est vrai que cela engendre la débauche d’une énergie qu’il faut pourtant maintenir en championnat.

(...) Je ne sais pas si c’est une question de culture, mais je pense que dans le football moderne il faudrait adapter le discours que l’on tient aux footballeurs. On a trop donné de pouvoir aux joueurs et il faut le reprendre. Il faut leur expliquer l’histoire du club, qu’ils sachent bien où ils jouent et ce que le club veut. Si on continue comme ça, les clubs seront de plus en plus à la merci des joueurs. Les clubs sont écrasés car les joueurs ont une valeur marchande impressionnante. Mais pour obtenir une valeur, il faut que les joueurs comprennent qu’il faut qu’ils soient bon et qu’il ne suffit pas de mettre les pieds sur le terrain. Le problème, c’est que les clubs dépendent financièrement de jeunes gamins qui les dominent. Je ne connais pas trop les choses qui se passent en interne aux Girondins, mais je connais bien l’Espagne car je suis souvent à Vigo et je vois le travail d’Eduardo Berizzo qui transmet un état d’esprit à son groupe de joueurs. Il a été sous les ordres de Marcelo Bielsa en Argentine, c’est un bâtisseur. À un moment donné, il faut que des gens arrivent à transmettre cette gagne et cette envie de se surpasser. Ce que j’entends souvent dire de techniciens étrangers, c’est que les joueurs français ne travaillent pas assez. Pourtant, je suis persuadé que les joueurs ont envie de travailler."

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