Hugo Varela, l’homme qui murmure à l’oreille de Joe

Son nom, cité dès la fin mars 2018, quand les infos arrivaient petit à petit sur un rachat encore incertain du club, était encore plus ou moins inconnu des supporters bordelais il y a peu. Mais depuis, Hugo Varela, agent portugais plutôt spécialisé dans le business autour du football, est devenu une vraie personnalité de la vie du FC Girondins de Bordeaux sous pavillon américain.

Les premiers échos sur lui (agent trouble et sans la grande envergure qu’il se donne dans sa communication, proche de certaines personnes ayant baigné dans des affaires louches en Asie et en Europe de l’Est, actif en mal dans l’échec de la venue de Thierry Henry comme coach pour des affaires de lutte d’influence entre ses réseaux et ceux du Français) semblaient assez inquiétants, mais jusqu’à présent rien de tout cela ne s’est confirmé pour donner une si mauvaise image de lui en tant que membre de la direction des Girondins. Les Ultramarines, opposés pendant l’été à la vente du club de M6 à GACP – King Street (+ Fortress en créancier), avaient, au départ, fait de Varela un des gros points de leurs doutes quant aux repreneurs. Un avis visiblement modifié après l’avoir rencontré, plus récemment. Car oui, force est de constater que Hugo Varela est devenu un interlocuteur très important et un homme à considérer très sérieusement dans la nouvelle direction des Girondins de Bordeaux.

Pourtant, quand on regarde l’organigramme du club, il n’a… aucune fonction. En pratique, il semble tout de même être quelque part entre Frédéric Longuépée (président) et Joseph ‘Joe’ DaGrosa (figure de proue du consortium américain qui possède le club depuis novembre). Il est même le « vrai patron du sportif », au-dessus d’un certain Ulrich Ramé (« directeur technique » en titre) et de la cellule de recrutement. Une sorte de directeur sportif, donc, mais sans en avoir le titre et sans être directement rattaché au club. En effet, c’est donc à General American Capital Partners, le fond d’investissement de DaGrosa, que Varela doit des comptes, en tant que membre de GACP et conseiller principal de Joe, lequel ne connaissait pas, ou alors peu, le ‘soccer’ et s’est donc entouré  d’experts (Hugo Varela, mais aussi le « facilitateur de business » Alain Yacine) pour mener à bien son projet et réussir ses débuts.

Directeur sportif officieux, Hugo Varela est donc dans un rôle où… il n’aurait pas dû être, si on reprend les déclarations de Joe DaGrosa. En septembre, JDG disait ainsi que HV « ne sera pas impliqué de manière opérationnelle dans le projet du club«  (L’Équipe). Il ajoutait aussi, en octobre : « Hugo sera un conseiller principal mais il n’aura aucune influence sur le quotidien du club, ce qu’il se passe au jour le jour. Il nous donnera des conseils plus généraux, mais rien de plus » (20 Minutes). Toutes ces explications ne correspondent pas à la réalité puisque quand Hugo Varela parle – et, déjà, il parle beaucoup pour quelqu’un qui ne devait pas être impliqué de manière opérationnelle – c’est pour dire des choses fortes et significatives liées au sportif, un domaine que DaGrosa lui laisse vu que le Portugais s’y connait mieux. Ainsi, avant le début du mercato d’hiver, il prenait pour lui la restructuration et le mercato à venir, comme il a pris la charge de monter au créneau pour dire que le club ne vendrait pas François Kamano en janvier sauf en cas de très grosse offre (qui n’est pas venue). A l’issue du mercato, cette fois, c’est encore lui qui évoque l’envie de bâtir une grosse équipe dans le futur.


Joe DaGrosa et Alain Yacine (Photo : Clément Carpentier – 20 Minutes)

Bien plus qu’un simple conseiller, du coup ; mais également bien loin d’être un infréquentable comme on pouvait le craindre ; Varela s’est aussi exprimé au nom du club sur le récent drame vécu par Samuel Kalu, dont la mère avait été kidnappée au Nigeria. De la même manière, il a remis en place certaines règles de vie au Haillan, et semble avoir une vraie méthode de gestion des dossiers… bien qu’il n’ait jamais été directeur sportif d’un club par le passé.

Dans un entretien qu’il accordait à 20 Minutes, en décembre, Varela expliquait ainsi :

« Je suis dans le football depuis 30 ans. J’ai commencé à jouer à 11 ans. J’ai joué quelques années au niveau professionnel au Portugal. Et ensuite, très jeune, il y a 20 ans, j’ai commencé à travailler du côté du business. J’ai été agent de joueurs, agent de coachs ou encore organisateur de matchs internationaux pour le Real Madrid, Barcelone, Benfica, tout autour du monde, en Europe et aux États-Unis. J’ai fait ça pendant plusieurs années. J’ai aussi construit le projet de la Benfica Académie en Amérique du Nord ce qui était fantastique. En 2010, j’étais le conseiller du cheikh Al-Thani quand il a racheté Malaga en Espagne. Je l’ai aidé à restructurer le club et ensuite, j’ai fait la même chose au Panathinaïkos, un des plus gros clubs en Grèce. Après ça, j’étais davantage impliqué dans des relations commerciales avec la Chine, j’ai par exemple apporté le naming pour le championnat portugais. Enfin, je travaillais depuis trois ans sur le rachat d’un club dans le monde. »

Un profil atypique donc, pour celui qui est l’actuel directeur sportif détaché du FCGB, sans en avoir le titre et sans être lié au club mais plutôt à son actionnaire. Le titre et le rôle de « vrai » DS, clairement identifié, c’est l’Espagnol Eduardo Macia qui devrait les récupérer. Son arrivée, en provenance de Leicester, est déjà annoncée depuis de longs mois mais devrait enfin être possible cet été. Ancien directeur sportif et/ou « chef du recrutement » au Betis Séville, à la Fiorentina, à l’Olympiakos Le Pirée, à Liverpool, au FC Valence et, dernièrement, à Leicester, Macia pourrait ainsi faire évoluer l’activité de Varela vers quelque chose de plus conforme à ce que nous présentait Joe DaGrosa au départ. Si toutes les parties s’entendent pour cela. En attendant, Hugo Varela devrait pouvoir continuer de tisser sa toile, quelque part entre l’ombre et la lumière, et dans le cadre encore balbutiant d’un projet en faveur des Girondins de Bordeaux et de leur développement d’ensemble.