Les clés pour battre Lyon

A une semaine d’un alléchant Lyon - Bordeaux en Coupe de France et à partir notamment du match Lorient - Lyon de Coupe de la Ligue, analyse du jeu du futur adversaire et des possibilités bordelaises de créer l’exploit. 
Une-victoire,-des-regrets
Rédigé par Aymeric, le 04/05/2012 à 14h41
Feuille de match et résumé

Lorient – Lyon (2-4 a.p)

Buts : Emeghara (59ème), Monnet-Paquet (68ème), Lacazette (81ème), Briand (90ème + 2), Gomis (102ème), Lacazette (120ème)
Lorient : Lecomte – Gassama (Baca), Koné, Romao (cap), Mareque – Monnet-Paquet, M’vuemba, Coutadeur, Barthelme (Jouffre) – Douniama (Autret), Emeghara
Lyon : Lloris – Réveillère, Cris (Grenier), Umtiti, Cissokho – Lacazette, Gonalons, Kallstrom, Bastos – Gomis, Lisandro (Briand)

Opposés hier soir à Lorient en demi finale de la Coupe de la Ligue, Lyon s’est qualifié au bout du suspense pour la finale de la compétition. Vainqueurs 4 à 2 après prolongations, les joueurs de Rémi Garde étaient pourtant menés 2 à 0 à l’entame des dix dernières minutes du temps réglementaire. Mais leur expérience et leur force mentale leur ont permis de revenir dans le match en arrachant la prolongation avant de s’imposer.

L’équipe et le jeu lyonnais

Organisé, depuis plusieurs semaines maintenant, en 4-4-2, l’Olympique Lyonnais s’est trouvé, malgré les blessures en cascade, un onze « type » où seule la charnière centrale fait encore débat. Si Garde ne fait pas « tourner » on connait presque à coups sûrs les 11 titulaires : Lloris, Réveillère, Cris, Umtiti, Cissokho, Lacazette, Gonalons, Kallstrom, Bastos, Gomis, Lisandro, soit les 11 joueurs titularisés hier à Lorient. Selon les choix du coach lyonnais, les blessures ou la condition physique de certains, des joueurs comme Dabo, Fofana, Grenier, Briand, Gourcuff ou encore Ederson pourraient prendre place dans l’équipe.  Concernant la charnière, Garde n’a guère le choix puisque seuls Cris et le jeune Samuel Umtiti sont en état de jouer ! Si Koné, revenu de la CAN entre temps, est apte il pourrait prendre la place d’Umtiti ou de Cris pour le match face à Bordeaux. 

Pour ce qui est du style de jeu, l’OL se base sur un milieu travailleur où la polyvalence de Kim Kallstrom et de Maxime Gonalons permet à la fois de sécuriser l’entrejeu en phase défensive et d’apporter offensivement. Derrière, les latéraux aiment monter et combiner avec les milieux de couloirs, qui sont eux-mêmes capable d’accélérer pour accompagner les offensives pour créer le décalage, ou pour servir le duo d’attaque qui combine le jeu en pivot de Gomis et le sens du placement/déplacement de Lisandro Lopes.

Le travail défensif des Lorientais, un exemple à suivre

Face à Lorient, équipe souvent très intéressante à analyser sur le plan tactique, il était intéressant de voir les différences entre les deux 4-4-2 alignés. Si le duo Lisandro-Gomis  misait avant tout sur les décrochages de « Licha » et le travail de sape de « Bafé » Gomis, la doublette Emeghara – Douniama tablait plus sur la percussion, la vitesse et la provocation. La mobilité et la facilité technique des deux attaquants du FCL ont régulièrement permis de mettre à l’épreuve une défense avec des gabarits plus athlétiques. Le pressing du Suisse Innocent Emeghara a ainsi beaucoup gêné la première relance lyonnaise, tout comme le travail de Douniama qui était chargé de naviguer entre Kallstrom et Gonalons pour perturber leur relation dans la construction. Souvent contraints à dégager à la va vite les Lyonnais se sont par moments trouvés enfermés par le bloc lorientais, où les deux lignes de 4 étaient parfaitement resserrées et accompagnaient les efforts des deux attaquants. 

En transposant ces situations de jeu à l’équipe bordelaise et en se souvenant notamment de la première mi temps du match Bordeaux – PSG de novembre 2011 (où la physionomie était similaire à celle décrite pour Lorient face à Lyon) on peut penser que le duo Gouffran-Jussiê (s’il est aligné) serait à même d’effectuer le travail de pressing fait par Emeghara – Douniama. Pour ce qui est de l’aspect collectif du pressing, là encore le match face à Paris doit servir de référence ! Lors de ce match, le travail défensif de Ben Khalfallah et de Maurice-Belay (en plus de celui des attaquants) avait considérablement gêné la relance parisienne et avait facilité la neutralisation de Pastore en l’empêchant d’être trouvé par ses coéquipiers. Peu importe les hommes et le système que Francis Gillot choisira face à Lyon, l’idée est donc à reprendre pour empêcher les Lyonnais de jouer à leur guise et les maintenir sous pression.  

L’apport des latéraux : le « plus » bordelais ?

Dans l’animation offensive également, l’exemple lorientais  est aussi à suivre ! Mis en difficulté par les hommes de Chrtistian Gourcuff pour se relancer, Lyon a dû prendre des risques techniques et a donc perdu beaucoup de ballons. Une aubaine pour les Merlus, qui bénéficiaient régulièrement d’un surnombre à la récupération (grâce à leur travail précédent d’enfermement de l’adversaire sur un côté) et pouvaient facilement mettre en place leur jeu d’attaques rapides. Une fois le ballon récupéré, le milieu breton M’Vuemba – Coutadeur profitait du décalage pour renverser le jeu sur le côté opposé et exploiter, par exemple,  les appels en profondeur d’Emeghara, les courses croisées de Monnet-Paquet ou les montées du très offensif latéral Mareque. Un schéma de jeu qui leur a permis d’inscrire leurs deux buts ! Autre solution de relance utilisé par le duo M’vuemba – Coutadeur, miser sur l’aisance technique de Barthelme pour prendre appui sur lui et lui proposer un une-deux grâce à la projection de l’un ou de l’autre vers l’avant. 

En appliquant, là encore, ces principes de jeu à l’effectif bordelais, avec Sertic et/ou Plasil et/ou N’Guémo -selon que Bordeaux joue à 2 ou 3 dans l’entrejeu – dans le rôle de Coutadeur-M’Vuemba, on se rend vite compte que l’apport de ses très offensifs  latéraux (et notamment du petit nouveau Mariano) pourrait permettre à Bordeaux  de renverser vite le jeu d’un côté ou de l’autre pour ensuite laisser aux éléments offensifs le soin de bouger et de leur proposer des solutions dans les 30 derniers mètres.

C’est en fait là que réside l’avantage que Bordeaux devrait avoir sur Lorient dans leur quête commune de battre Lyon. En effet, le fait d’utiliser les latéraux comme premiers dépositaires du jeu offensifs au lieu de servir directement les attaquants ou les milieux, offre à Bordeaux plus de solutions et de variétés dans son jeu.  L’idée serait donc, pour les joueurs offensifs de couloirs, (Maurice-Belay et Obraniak ?) de faire des appels vers l’axe ou d’y rentrer balle au pied avec la double possibilité de toucher le (ou les) attaquant(s) et de combiner avec eux et celle de décaler vers l’extérieur pour (re)trouver les latéraux et  leur permettre de centrer. C’est d’ailleurs ce que n’a pas fait Lorient, qui est tombé dans un jeu trop stéréotypé faute de plan B dans son animation offensive.  

Comment gérer les individualités lyonnaises ?

Voilà finalement LE souci qui tracasse le plus l’ensemble des supporters bordelais. Car si Bordeaux peut tenir tête à Lyon collectivement et les faire douter sur une (grande ?) partie du match, celui-ci ne sera pas un long fleuve tranquille et les Girondins auront, inévitablement, des moments plus faibles à gérer pendant lesquels la baisse physique et l’adaptation tactique des Lyonnais vont les faire souffrir. 

Dans ces moments difficiles, l’enjeu sera de maintenir un pressing suffisamment efficace  pour faciliter le travail (dans tous les cas compliqué) des défenseurs qui devront se frotter à Bastos, Gomis  et Lisandro Lopes. Comme lors du match face à Paris, où la menace de Nênê, Ménèz, Pastore et Gameiro semblait énorme, l’objectif sera non pas de s’occuper personnellement de chacun d’eux, mais d’empêcher, en amont, qu’ils soient servis dans de bonnes conditions et/ou qu’ils puissent ensuite redonner facilement le ballon à leurs partenaires. Dans le cas de Michel Bastos, le travail de repli de l’ailier pour aider son latéral sera capital, tout comme la placement du défenseur central et du milieu le plus proche qui devront couper les angles de passes, vers l’avant ou vers l’arrière et contraindre ainsi Bastos à tenter l’exploit individuel.  La formule est globalement la même pour ce qui est du cas de Gomis et de Lisandro. Certes, il faudra un marquage attentif des défenseurs, et notamment de celui qui suivra les décrochages de Lisandro, mais le challenge sera aussi de taille pour les milieux de terrain, qui devront se battre pour tenter d’enfermer les deux attaquants rhodaniens et les forcer, là aussi, à tenter des gestes impossibles dans des petits périmètres.

Conclusion

Dans un match où Bordeaux ne sera pas favori, c’est collectivement que les Girondins peuvent créer la surprise. En s’inspirant de ce que Lorient a fait contre l’OL et de ce qu’ils ont eux-mêmes réussi à faire contre Paris, Lille ou encore Montpellier, les Girondins vont devoir être solidaires et concentrés afin d’éviter, d’une part, les erreurs individuelles qui ruineraient  le travail de l’équipe, et d’autre part, de rééditer les non-matches qu’ils ont été capables de faire à Nice, à Rennes, à Evian ou à … Lyon ! Afin de se prouver à eux, ainsi qu’à leur public, aux adversaires et aux observateurs qu’ils sont bel et bien sur le chemin du renouveau, les Marine et Blanc doivent maintenant répondre présent dans un gros match et vaincre un adversaire qui leur est, en théorie, supérieur.
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