Le sort s’acharne contre Bordeaux

Héroïques pendant plus de 85 minutes, les bordelais réduits à 10 après 25 minutes de jeu, menaient pourtant 2-0 … Mais...
Une-victoire,-des-regrets
Rédigé par Aymeric, le 04/05/2012 à 14h41
Héroïques pendant plus de 85 minutes, les bordelais réduits à 10 après 25 minutes de jeu, menaient pourtant 2-0 … Mais une fin de match cauchemardesque les contraint au nul et les renvoie à leurs doutes. 

Et dire qu’ils y étaient presque ! Dans leur quête de rachat et de reconstruction d’un jeu performant (ou plus simplement de points) les Girondins auraient du s’offrir, hier soir face à Montpellier, un grand pas en avant et – enfin – un match référence sur le plan mental. Tous les ingrédients semblaient réunis : solidarité, efficacité, réussite, abnégation, renversement d’une situation compromise et victoire au forceps face à un des leaders actuels du championnat … Mais, trahis par leurs lacunes mentales et rattrapés par le mauvais sort, les Girondins ont finalement perdu en quelques centaines de secondes , ce qu’ils avaient durement obtenu en 85 minutes. 

Avec un groupe au complet, Francis Gillot avait l’embarras du choix et ne s’est pas privé de revenir à un système en 4-4-2 auquel il croit beaucoup. Même si les retours de Planus et Jussiê, la nouvelle mise à l’écart de Chalmé et la confiance redonnée à Gouffran sont des choix forts, la composition bordelaise est sans grande surprise (Carrasso – Sané, Planus, Ciani, Trémoulinas – N’Guémo, Jussiê, Plasil (cap), Maurice-Belay – Diabaté, Gouffran). Côté Montpellier, René Girard aligne lui aussi une équipe classique organisée dans un inamovible 4-2-3-1 modulable en 4-3-3 qui a fait ses preuves (Jourdren – Bocaly, Yanga-Mbiwa (cap), Hilton, Bedimo – Saihi, Estrada – Camara, Belhanda, Utaka – Giroud). 

Alors qu’on s’attend à un match physique et à un round observation fait de duels et d’intimidations, la première action construite suivie d’une frappe intervient dès les 60 premières secondes. Ouverture du gardien sur Giroud qui dévie de la tête sur Camara, lequel remise plein axe sur Belhanda aux 20 mètres dont la demi-volée est captée par Carrasso. Le rythme du début de match est finalement assez alerte malgré les nombreuses fautes. A la 3ème minute, le déboulé et le centre dangereux de Trémoulinas donnent un corner sur lequel la frappe de Ciani après un cafouillage dans la surface passe au dessus. Puis dans la foulée c’est Bedimo qui enchaine les dribles face à Gouffran et Sané avant de voir son centre renvoyé de justesse par ce même Ciani. 

Diabaté sur sa lancée, Planus à la faute 

Tandis que les joueurs offensifs de côté (Camara et le duo Utaka - Bedimo pour le MHSC contre Gouffran et le duo Trémoulinas – Maurice-Belay pour Bordeaux) parviennent à prendre le pas sur leurs latéraux les fautes sont commises de plus en plus près des zones dangereuses et les coups francs (notamment ceux de Plasil) sèment la panique dans les défenses. Le match s’annonce tendu mais c’est Bordeaux qui va tirer son épingle du jeu. Peu servi jusque là, malgré une activité de pressing importante sur la défense adverse, Cheick Diabaté ouvre le score ! Sur un coup franc renvoyé par la défense héraultaise à la 18ème, Landry N’guémo récupère le long de la ligne de touche côté droit et centre vers le premier poteau où ni Gouffran, ni Hilton ne peuvent toucher le cuir, à l’inverse de Diabaté, qui rôde au deuxième poteau et pousse le ballon au fond des filets d’un geste réflexe. Bordeaux, réaliste et entreprenant, mène 1-0 sur la première vraie occasion du match ! 

Mais malheureusement, la joie faisant suite au 4ème but de la saison du malien, va vite être refroidie … 5 minutes à peine après le but de Diabaté, Bordeaux est réduit à 10 du fait du carton rouge direct récolté par Marc Planus. Pour son retour, le N°27 des Girondins ne s’est pas blessé, mais son tacle violent et non maitrisé sur un Utaka lancé côté gauche de l’attaque montpelliéraine suite à une perte de balle idiote de Lamine Sané vaut à son équipe de se retrouver en infériorité numérique avant même la demi-heure de jeu. 

Bordeaux tient bon...

Obligé (ou presque) de sortir un élément offensif pour garder une assise défensive suffisante, Francis Gillot remplace Jussiê par Carlos Henrique afin de "compenser" l’exclusion de Planus. On se dit alors que les choses sont bien mal embarquées car, même en menant 1-0, la perspective de jouer à 10 contre 11 face à des montpelliérains au jeu huilé et aux qualités physiques impressionnantes n’est pas des plus réjouissantes. Pourtant, bien que réduits à 10, Bordeaux fait front intelligemment. Le bloc marine et blanc se réorganise en 4-4-1 et presse avec justesse le porteur du ballon, coulissant efficacement pour empêche Montpellier d’accélérer le jeu et de trouver des relais dans les intervalles. Très important dans cette configuration, le travail défensif de Yoan Gouffran (repositionné milieu droit après l'exclusion de Planus) et de Nicolas Maurice-Belay sur les côtés est bien fait par les deux hommes, qui parviennent également, avec l’aide de Trémoulinas pour « NMB », à se montrer dangereux sur les contres attaques. 

Dominateurs en terme de possession de balle, les joueurs de René Girard ne le sont cependant pas dans le jeu et même si Utaka (33ème et 43ème) ainsi que Giroud (de la tête à la 46ème) se retrouvent en position de frappe, il y a toujours un pied, une jambe, une tête bordelaise (ou leur propre maladresse due à la précipitation) pour les empêcher de cadrer. 

... fait le break 

Au retour des vestiaires, alors qu’on s’attend à ce que le match reparte dans une configuration semblable et que Girard décide de réorganiser tactiquement son équipe en incluant Marveaux dans l’entrejeu à la place du plus défensif Bocaly, c’est Bordeaux qui refait surface en premier. et de quelle manière ! Sur un corner obtenu par Nicolas Maurice-Belay, Plasil dépose le ballon au premier poteau sur la tête de Michaël Ciani lancé, qui gagne son duel et trompe Jourdren en envoyant le ballon dans le petit filet opposé. Bordeaux, à 10 contre 11, mène 2-0 et réalise à ce moment le match parfait !

La troisième passe décisive du capitaine Plasil et le premier but de la saison de Ciani permettent donc aux Girondins de faire le break, d’entrevoir enfin la lumière et – surtout – de retourner un public qui donne enfin de la voix derrière une équipe retrouvée ! 3 minutes après le but de Ciani, c’est Maurice-Belay, au terme d’une chevauchée sur l’aile gauche conclue par une frappe du droit (!) qui trouve le petit filet d’un Jourdren en détresse !  Vient ensuite le temps fort du MHSC et les vingt minutes de souffrance pour Bordeaux. Mais malgré de nombreux centres, frappes et tentatives de dribles de la part d’Estrada, Giroud, Bedimo ou Camara c’est le bloc bordelais qui parvient à chaque fois à renvoyer le ballon et qui affiche à cet instant une solidité salvatrice … qui ne va malheureusement pas durer ! 

Mais craque ! 

Paradoxalement, le début de la fin pour Bordeaux est sans doute l’expulsion du capitaine de Montpellier Mapou Yanga-Mbiwa. Le rugueux défenseur, déjà fautif sur le but de Diabaté, manque de lucidité et commet deux grosses fautes en quelques minutes, qui lui valent logiquement 2 cartons jaunes synonymes de rouge. On joue alors la 78ème, Bordeaux mène toujours 2-0 et voit désormais son infériorité numérique terminée. Sentant la victoire proche, joueurs et supporters (qui se permettent des "olé" pas jolis-jolis) sont en transe, notamment Gouffran qui s’offre un slalom digne de ses débuts caennais et sert Anthony Modeste (qui vient de remplacer un Diabaté ovationné) dont la frappe dans un angle très fermé ne trouve pas le cadre. 

Anecdotique, se dit-on … Et bien non ! Car cette année rien ne sera simple pour Bordeaux et même en produisant 87 minutes de haut niveau dans des conditions défavorables, la victoire qui semblait acquise ne l’est pas. Preuve en est, le penalty accordé par Mr Turpin à la 88ème sur une main involontaire mais trop décollée de Michael Ciani dans la surface qui permet à Younès Belhanda de réduire l’écart à 2-1 d’une audacieuse « Panenka ». Moins de 120 secondes plus tard, à la 90ème minute de jeu, c’est le défenseur Vitorino Hilton qui profite de l’espace laissé par le bloc bordelais (passée en un instant de solide à complètement fébrile) pour se jeter et propulser une déviation aérienne de Giroud dans les buts de Carrasso. En 2 minutes, Montpellier revient de 0-2 à 2-2 et prive Bordeaux de « sa » victoire de référence. 

Avec 8 points et 1 seule victoire en 9 matches, Bordeaux continue de rater sa saison et de (se) faire peur. Pourtant, c’est Francis Gillot lui-même qui le dit, « Nous sommes en train de corriger tout cela. Il y a quand même des points positifs sur lesquels nous pouvons nous reposer (…) Si l’on continue dans cet état d’esprit, nous inverserons la tendance. ». Illumination ou présage ? En tous cas, notre coach y croit et c’est encore la meilleure chose à faire.

Aymeric
Crédit image : Girondins.com
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