Focus sur Jean Tigana

Il y a un peu plus d'un mois, Jean Tigana était désigné comme le successeur de Laurent Blanc. Tigana, tout le monde connait, au moins de nom. Focus sur l'ancien joueur et le nouvel entraîneur des Girondins dans la suite de cet article !
Comme vous le savez tous, les Girondins de Bordeaux ont changés d’entraîneur durant cette inter saison. En effet, Jean Tigana est venu remplacer Laurent Blanc, lui-même parti relever le challenge de l’Equipe de France. Avec l’arrivée de Tigana, c’est un nouveau cycle qui commence à Bordeaux.

Si le nom du nouvel entraîneur des Girondins n’est inconnu de personne, peu connaissent son parcours atypique qui fait de lui un personnage à part. Joueur de classe mondiale, entraîneur à succès, coach au caractère bien trempé, agent grande gueule, sélectionneur avorté ou encore technicien en exil … l’histoire de Jean Tigana est très mouvementée.

En revenant sur les passages marquants de son aventure dans le monde du football nous vous expliqueront qui est Jean Tigana, mais aussi quelle est sa personnalité, quelles sont ses méthodes de travail ou plus simplement de quoi est-il capable à la tête des Girondins de Bordeaux.

TIGANA LE JOUEUR


Tigana et Bordeaux, c’est toute une histoire. Lors de sa première conférence de presse en tant qu’entraîneur du FCGB il a immédiatement insisté sur « le choix du cœur » qu’il avait fait en acceptant de prendre la relève de Laurent Blanc. Difficile pour lui en effet d’occulter les 8 ans qu’il a passé au club en tant que joueur (1981-1989), les titres qu’il y a remporté (Championnats de France1984, 1985 et 1987, Coupes de France 1986 et 1987) et les aventures Européennes qu’il y a vécu, avec en point d’orgue la demie finale 1985 de la Coupe d’Europe des Clubs Champions perdue contre la Juventus Turin (0-3, 2-0).
Mais la grande carrière de joueur de Jean Tigana ne se résume pas uniquement aux Girondins. Né le 23 juin 1955 à Bamako (Mali) il arrive en France, à Marseille, à l’âge de 3 ans. C’est dans cette région qu’il débutera son parcours de footballeur, d’abord dans les équipes de jeunes de l’ASPTT Marseille, des Caillots et de Cassis. En 1975 Il fera ses premiers pas dans le monde professionnel au Sporting Club de Toulon, alors en D2. Evoluant au poste de milieu de terrain défensif il fait le bonheur du club Varois avec lequel il rate 3 ans de suite l’accession en D1.

Très vite, sa technique, ses qualités physiques, son tempérament de gagneur, sa vision du jeu et sa vivacité sont remarquées par un certain Aimé Jacquet, alors entraîneur de l’Olympique Lyonnais, club que Jean Tigana rejoindra à l’été 1978. A cette époque l’OL, qui connait de graves soucis financiers, n’est pas encore le club qu’il est maintenant et lutte chaque année pour conserver une place dans l’élite. Dans cette équipe de bas de tableau, Tigana découvre la D1 et s’y impose rapidement. Le 23 mai 1980 il connaît la première de ses 52 sélections avec l’Equipe de France contre l’URSS (défaite 0-1). Avec ce nouveau statut d’international et avec la Coupe du Monde 1982 en ligne de mire Tigana, élu « Révélation Française de l’année » en 1980, se doit de continuer sa progression et de rejoindre un club de haut niveau.

Ce club, ce sera bien sûr les Girondins de Bordeaux, avec qui il s’engage en 1981 et où il retrouve celui qui l’a fait venir à Lyon et l’a imposé en D1, Aimé Jacquet. Avec le club au scapulaire Tigana remporte ses premiers trophées et connait la réussite aussi bien sur le plan collectif que sur le plan personnel puisqu’il est nommé « Joueur Français de l’année » en 1984 et arrive 2ème au classement du Ballon d’or cette même année.

Tigana, âgé de 29 ans est au sommet de sa carrière. Il vient de remporter l’Euro 1984 avec l’Equipe de France dont il est l’un des membres du fameux « carré magique » du milieu de terrain avec Luis Fernandez, Michel Platini et ,un autre Girondin, Alain Giresse. Connu et reconnu comme le meilleur milieu défensif de son époque il fait les beaux jours des Bleus de France et des Bleus Marines de Bordeaux.
Mais après 8 saisons de bons et loyaux services rendus au club aquitain, Jean Tigana décide en 1989 de relever un dernier challenge et rejoint l’ennemi numéro 1 du FCGB, l’Olympique de Marseille. Il retourne donc dans la région où il a grandi (et où il a hérité de son accent si prononcé) et termine sa carrière à l’OM, avec qui il remporte les Championnats de France 1990 et 1991. C’est sur ce dernier succès que Jean Tigana âgé de 35 ans termine sa « première » carrière dans le football.


TIGANA L’ENTRAINEUR


 Bordeaux : Présentation de Tigana à 15h

LYON (1993-1995)

Amoureux de la compétition et du jeu, Tigana décide de ne pas quitter le monde du football après sa brillante carrière de joueur et de commencer une carrière d’entraîneur. C’est en 1993 à l’Olympique Lyonnais qu’il débute dans la profession. L’OL sort alors de deux saisons difficiles au cours desquelles les Lyonnais ont frôlés la relégation. Le Président Jean-Michel Aulas prend la décision de licencier l’entraîneur, un dénommé Raymond Domenech, et fait appel à Tigana jeune retraité des terrains pour relancer le club vers les places européennes. Sous les ordres du débutant Tigana l’Olympique Lyonnais termine successivement 8ème et 2ème de la D1 derrière le grand FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau. C’est à ce moment, le meilleur classement de l’histoire de l’OL (avant les titres obtenus dans les années 2000 bien sûr). De ces deux premières saisons en tant qu’entraîneur on note surtout de la part de Tigana une aptitude à faire confiance aux jeunes formés au club. Ainsi il favorise l’éclosion des défenseurs Bruno N’Gotty, et Florent Laville, du milieu Sylvain Deplace ou encore du buteur Florian Maurice (7 buts en 1993-1994 et 15 buts en 1994-1995). Cette jeune génération est accompagnée par des joueurs de devoir comme Eric Roy, Manuel Amoros, Franck Gava ou encore le gardien Pascal Olmeta. Par son charisme et son passé récent de grand joueur, Tigana arrive à fédérer son effectif et malgré les nombreux joueurs de tempérament que compte l’OL il parvient à se faire respecter et à faire accepter ses choix. Sur le terrain, le jeu de Lyon, sans être flamboyant, est parfaitement organisé, chaque joueur a un rôle bien précis et les automatismes apparaissent rapidement, sur le plan offensif notamment où les mouvements sont fluides et où les joueurs n’hésitent pas à se projeter vers l’avant. Lors de cette brillante saison 1994-1995, le Lyon de Tigana ne connaîtra qu’une seule fois la défaite dans son antre de Gerland … en Coupe de France contre Angers (1-3).



MONACO (1995-1999)

Fort de cette première expérience réussie Jean Tigana choisi de tenter un nouveau challenge, il répond donc favorablement à la proposition de l’AS Monaco et en devient l’entraîneur à l’été 1995. En s’appuyant sur un effectif de haut niveau composé de joueurs de grande valeur comme Sonny Anderson, Enzo Scifo, Victor Ikpeba, Emanuel Petit, Fabien Barthez, Gilles Grimandi, Ali Bernabia ou Franck Dumas, mais aussi de jeunes pousses comme Thierry Henry, David Trézéguet et Martin Djetou il offre au club Monégasque une des plus belles périodes de son histoire avec un titre de champion de France en 1997 et deux demies finales de Coupe d’Europe consécutives (C3 contre l’Inter Milan en 1996-1997 puis C1 contre la Juventus Turin en 1997-1998 ).
Sous la houlette de Jean Tigana l’AS Monaco pratique un jeu offensif de qualité et offre beaucoup de spectacle à son public : les qualités techniques des milieux de terrain sont mises au service d’un jeu d’attaque qui permet aux attaquants de s’exprimer. Ainsi Sonny Anderson termine meilleur buteur de D1 en 1996 avec 21 buts puis il en inscrit 19 l’année suivante. A son départ en 1997 ce sont David Trézéguet et Victor Ikpeba qui reprennent le flambeau en inscrivant 34 buts à eux deux. Le club de la Principauté est alors craint et respecté dans toute l’Europe pour son jeu fin et léché. Jean Tigana reste au total 4 années sur le Rocher avant d’être démis de ses fonctions en janvier 1999 suite à des différents avec certains joueurs de l’effectif mais aussi avec sa direction et notamment son Président, Jean-Louis Campora.

FULHAM (2000-2003)

Limogé par le club de la principauté, Jean Tigana est à la recherche d’un nouveau défi. Il patiente un an avant de le trouver. A l’été 2000, il atterrit contre toutes attentes à Londres pour y entraîner le club de Fuhlam alors englué dans le ventre mou du classement de la 2ème division Anglaise. La mission qui l’attend est de taille puisque le Président et propriétaire du club, le riche Egyptien Mohamed Al-Fayed, l’a choisi pour amener le club dans l’élite du football Anglais. La mission sera accomplie en à peine une saison par le technicien Français et de belle manière puisque Fulham remporte le titre de Champion de D2 Anglaise. Tigana parvient à tirer le maximum des joueurs mis à sa disposition comme le latéral Irlandais Steve Finnan, l’ailier Portugais Luis Boa Morte, le robuste défenseur Zat Knight, le milieu Lee Clark, l’attaquant Barry Hayles et (surtout) le jeune attaquant Français Louis Saha, qu’il est allé chercher à Metz et qui marque 32 buts dans la saison.
Avec ce groupe modeste aux qualités limités Tigana parvient à faire des miracles en maintenant le club deux années de suite et sans trop de soucis. Il attire à Fulham de nombreux joueurs Français (Steve Marlet, Steed Malbranque et Sylvain Legwinski notamment) et permet au club de progresser jusqu’à découvrir l’Europe et remporter la Coupe Intertoto en 2002. Contrairement à sa période Monégasque, Tigana fait jouer Fulham de manière physique et défensive, mais les résultats sont là et Fulham est le poil à gratter de la Première League Anglaise.


Mais malheureusement la belle histoire avec les Cottagers se termine en queue de poisson puisque Tigana, limogé en 2003 est ensuite accusé par Fulham d’avoir perçu des commissions sur les transferts d’Edwin Van Der Sar et de Steve Marlet mais aussi d’avoir rompu son contrat dans l’illégalité. Ces inculpations lui coûteront très cher puisqu’il ne sera pas retenu pour devenir sélectionneur de l’Equipe de France en 2004 et que les clubs, effrayés par cette histoire de procès, ne feront pas appel à lui. En novembre 2004, Tigana gagne son procès et est reconnu non coupable par la justice, mais malgré cela il vit une traversée du désert et son image est écornée.

BESIKTAS (2005-2007)

Après un break d’un an et demi passé loin des terrains, Tigana surprend de nouveau tout le monde et s’engage en octobre 2005 avec le club Turc du Besiktas Istanbul, l’un des trois grands clubs de la ville et du pays avec Galatasaray et Fenerbahçe. Là bas il découvre une nouvelle culture, un nouveau football et un climat extrêmement sulfureux où la pression populaire est gigantesque et où l’ambiance dans les stades est des plus ferventes. Encore un drôle de défi pour Tigana et encore un succès puisque sous sa direction le club Stambouliote remporte 2 Coupes de Turquie en 2006 et 2007 ainsi qu’une Supercoupe de Turquie en 2006. Des résultats qui n’empêchent pas Tigana d’entrer, comme ce fût le cas à Monaco et à Fulham, en conflit avec ses dirigeants. Ces désaccords le contraignent à présenter sa démission en mai 2007. Il déclare alors qu’il souhaite se retirer provisoirement du monde du football et ce pour une durée indéterminée. Après l’Euro 2008 raté par l’Equipe de France son nom est avancé, comme celui de Didier Deschamps, pour remplacer Raymond Domenech à la tête des Bleus, mais comme en 2004 cela ne se fera pas, sans qu’on sache vraiment si Tigana voulait le poste.

UNE COURTE CARRIÈRE D’AGENT


Malheureusement pour lui, les ennuis qu’il connait en tant qu’entraîneur se doublent d’autres problèmes, liés cette fois à sa carrière d’agent. Il était en effet devenu agent de joueurs en 1998 et travaillait en collaboration avec Richard Bettoni, mais il fût vite mis en cause par la justice Française sur plusieurs dossiers suspects et abandonna vite cette carrière. Sa licence d’agent lui sera officiellement retirée par la FIFA et la FFF en 2006.

UNE REVANCHE A PRENDRE AVEC BORDEAUX

Finalement, quand on apprend fin mai 2010 que Jean Tigana devient entraîneur des Girondins de Bordeaux on se dit que le FCGB était le seul club qui pouvait forcer le coach Tigana à reprendre du service. Son destin et celui des Marines et Blancs sont maintenant liés … les Girondins qui viennent de finir à une décevante 6ème place doivent retrouver un rang plus conforme aux ambitions affichées par tout le club depuis l’arrivée de Laurent Blanc en 2007. De son côté Tigana, revient entraîner en France plus de 10 ans après son départ de Monaco et doit assurer la continuité avec les bons résultats d’ensemble obtenus par Blanc.
Sur un plan plus personnel il doit aussi prouver qu’il est encore et toujours un compétiteur et que ses déboires judiciaires et relationnels lors de ses expériences à l’étranger ne sont qu’un lointain souvenir.
Pour réussir il a de son côté un charisme reconnu et une autorité naturelle, ajoutés à une connaissance du club et de son environnement. De plus ses résultats parlent pour lui. Tigana est indiscutablement un entraîneur compétent : capable de gérer des joueurs confirmés, comme de lancer des jeunes, il peut s’adapter aux qualités de son effectif et n’est pas partisan d’un système particulier ou d’une philosophie de jeu unique. Cependant après une longue coupure avec les terrains il va devoir se (ré) adapter au football Français, pour ne pas dire au football tout court, et va devoir gérer la comparaison avec son prédécesseur, qui risque d’être inévitable surtout en cas de résultats insuffisants.
Mais ce nouveau défi, comme les précédents, ne semble pas faire peur à Jean Tigana. Heureux de retrouver un club qui lui est cher et d’avoir un projet intéressant dans lequel s’investir il préfère être ambitieux et se concentrer sur l’avenir.


A l'aube de cette saison 2010-2011 souhaitons bonne chance à Jean Tigana et espérons qu’il mènera les Girondins de Bordeaux vers de grandes victoires.


Aymeric